La médication et le TDAH

13 février 2019, PAR La Haute Voltige

Questionnement sur la médication et le TDAH

Le débat concernant la surmédication des enfants présentant un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) fait rage depuis plusieurs années. Un autre épisode de ce débat a débuté avec une lettre cosignée par près d’une cinquantaine de professionnels de la santé dénonçant la situation actuelle au Québec. Pour expliquer leur point de vue, deux pédiatres, Dr Valérie Labbé et Dr Guy Falardeau étaient sur le plateau de l’émission Tout le monde en parle le dimanche 10 février. Ceux-ci dénoncent la surmédicalisation du TDAH qui mène à une surconsommation de médicaments chez les enfants québécois. Les médecins pédiatres se questionnent sur la prise en compte de facteurs de comorbidité tels que l’anxiété, les difficultés familiales et le contexte social dans l’établissement d’un diagnostic juste. Les deux pédiatres dénoncent également le manque de ressources dans le réseau de la santé et dans les milieux scolaires pour soutenir ces enfants aux prises avec des difficultés comportementales.

Le diagnostic

Cette initiative menée par les pédiatres soulève plusieurs questionnements concernant la prise en charge du TDAH à l’heure actuelle. Abordons d’abord le point du diagnostic. Le TDAH est une problématique diagnostiquée à partir de symptômes comportementaux. Ceux-ci sont relevés à l’aide d’entrevues cliniques et de questionnaires. Ces moyens de collecte d’information sont souvent très révélateurs. Toutefois, ils ne sont pas dénués d’angles morts pouvant avoir une influence sur l’issue diagnostique. En effet, les comportements servant de base diagnostique au TDAH peuvent également être liés à une foule d’autres facteurs tels que l’anxiété, les difficultés langagières, les changements environnementaux et bien d’autres. De là provient l’importance de réaliser une évaluation psychologique permettant d’inviter dans l’équation diagnostique les différents facteurs susceptibles de jouer un rôle dans le fonctionnement actuel de l’enfant. Ainsi, le psychologue ou le neuropsychologue utilisera ses outils d’évaluation afin de déterminer précisément la source des difficultés fonctionnelles de l’enfant. Il pourra entre autres mettre en lumière des enjeux affectifs, des difficultés liées au fonctionnement cognitif et intellectuel, des enjeux environnementaux et autres caractéristiques susceptibles d’imiter les symptômes du TDAH. Une évaluation bien effectuée permettra d’orienter l’enfant vers les services appropriés, qu’il s’agisse d’une rencontre avec le médecin pour une médication ou d’interventions comportementales par d’autres professionnels tels que l’orthophoniste, le psychoéducateur, l’ergothérapeute ou autre.

Enfants TDAH

Discutons maintenant de la prise en charge des enfants présentant un TDAH. Il va de soi que chaque enfant présente un profil comportemental différent. Ainsi, il n’existe aucune intervention universelle pour cette problématique. La médication s’avère salutaire pour plusieurs enfants présentant un TDAH. Elle permet à ces enfants d’être disposés aux apprentissages et ainsi, elle favorise l’adéquation au milieu scolaire. Toutefois, ce n’est certainement pas tous les enfants présentant un TDAH qui nécessitent un soutien pharmacologique pour être fonctionnels. Les enfants qui présentent une symptomatologie plus légère devraient répondre adéquatement à des interventions comportementales et environnementales. Ces interventions peuvent être offertes individuellement à l’enfant (suivi individuel visant à aider l’enfant à gérer ses symptômes) ou davantage environnementales (organiser l’espace et la structure du travail pour l’enfant, assurer une hygiène de vie saine…). D’ailleurs, en haut de la liste des recommandations suite au diagnostic de TDAH devrait toujours se retrouver l’établissement d’une hygiène de vie comprenant la pratique d’exercice physique sur une base régulière, une saine alimentation, des habitudes de sommeil adéquates et une gestion du temps d’écran. Il importe également de comprendre qu’un enfant présentant certaines manifestations d’inattention ou un niveau d’activité plus élevé que la moyenne ne nécessite pas nécessairement une évaluation ou un diagnostic. Avant même de parler d’évaluation diagnostique, des interventions devraient être mises en place. Ces interventions comportementales en milieu scolaire et en milieu familial sont susceptibles d’aider un bon nombre d’enfants considérés comme problématiques. Considérant cela, La Haute Voltige a développé un continuum de services professionnels permettant de prendre en charge l’enfant dans ses différents milieux de vie. Plusieurs niveaux d’interventions sont proposés afin de répondre aux besoins de l’enfant. La médication étant l’intervention ultime dans le cas où ce dernier ne répondrait pas aux interventions comportementales effectuées. Ce type d’interventions étagées permet de cibler précisément la problématique de l’enfant et de lui offrir l’intensité de traitement nécessaire. Ainsi, ce processus peut contribuer à diminuer le nombre de référencements pour la médication.

Le milieu de l’enfant, est-il adapté ?

Cela étant dit, une réflexion globale devrait être effectuée concernant la prise en charge des enfants ayant un TDAH en milieu scolaire. Il est permis de se demander si la structure actuelle permet aux enfants ayant certaines difficultés de répondre aux exigences académiques et comportementales de l’école québécoise. Les attentes liées à la performance sont élevées et le rythme d’apprentissage est rapide. Le fonctionnement du milieu scolaire actuel est très exigeant sur le plan de la demande comportementale et cognitive. Les enfants qui présentent des difficultés d’attention ou d’inhibition sont donc énormément sollicités jour après jour. Dans un milieu où la pression est grande sur les enseignants et les professionnels qui y travaillent, il devient attrayant d’encourager les parents à se diriger vers la solution la plus rapide. Ainsi, la médication devient intéressante, car elle permet d’adapter l’enfant à la demande du milieu scolaire plutôt que d’adapter la demande du milieu à l’enfant. Cette solution peut démontrer une certaine efficacité à court terme, mais il serait certainement pertinent de se questionner sur ce que nous désirons construire à long terme en tant que société. Dans ce contexte, les initiatives publiques et privées visant à s’adapter à la réalité actuelle des enfants doivent être saluées et encouragées. La remise en question du système doit entre autres comprendre une réflexion sur les stratégies éducatives et disciplinaires utilisées, sur l’aménagement des lieux physiques de l’environnement éducatif, sur l’accessibilité aux services professionnels en santé et services sociaux et sur l’utilisation des technologies en milieu scolaire. L’issu de cette réflexion permettrait certainement au plus grand nombre de se développer de façon harmonieuse et d’entretenir une vision positive du milieu scolaire.

*L’utilisation du masculin est utilisée afin d’alléger le texte.

Par Samuel Alain, psychologue

La Haute Voltige

 

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